Nicholas Haysom : « Au Soudan, le peuple a décidé de reprendre le pouvoir en main »

Le Conseiller spécial du Secrétaire général de l’ONU pour le Soudan, Nicholas Haysom, estime que le pays est entré sur une bonne voie alors que les négociations sur les détails d’un accord sur le partage d’un pouvoir entre militaires et civils se poursuivent cette semaine.

NEW YORK, Etats Unis d’Amérique, le 19 Juillet 2019,-/African Media Agency (AMA)/- « C’est un moment très encourageant et possiblement un tournant pour le Soudan », a déclaré Nicholas Haysom dans un entretien accordé à ONU Info. « Nous sommes dans une situation dans laquelle le peuple a décidé de reprendre le pouvoir en main, et d’essayer de résoudre des problèmes qui perdurent depuis 30 ans, disent certains, 50 ans, disent d’autres », a-t-il dit.

Le Conseiller spécial d’António Guterres pour le Soudan estime que les Soudanais ont « désormais l’opportunité de trancher la question du remplacement du gouvernement d’Omar el-Bechir, et du conseil militaire actuel, par des autorités civiles », mais aussi d’essayer de résoudre les problèmes périphériques du Soudan, tels que ceux du Kordofan du Sud et du Nil bleu, et de trouver une solution d’ensemble ».

M. Haysom estime que les négociations en cours entre civils et militaires sont cruciales pour l’avenir du pays. « Le risque est de retomber dans une guerre civile catastrophique », a-t-il prévenu. « Donc les enjeux sont élevés, mais le prix à gagner est tentant et à portée de main, et constituerait une victoire importante pour le peuple soudanais ».

La stabilité de la Corne de l’Afrique au cœur de la résolution de la crise soudanaise

Entourés de sept pays (Egypte, Libye, Tchad, République centrafricaine (RCA), Soudan du Sud, Ethiopie et Erythrée), le Soudan est au cœur de la Corne de l’Afrique qui est « une région volatile », a souligné M. Haysom.

« Si les choses se déroulent bien pour le Soudan, je pense que cela ira bien pour la Corne de l’Afrique. Si les choses se passent mal, je pense que cela aura des implications pour un nombre important d’Etats très vulnérables », a-t-il dit, en référence aux conflits qui touchent la Somalie, la RCA, et le Soudan du Sud et au « un moment test » que traverse actuellement l’Ethiopie.

« Si nous pouvons résoudre la crise soudanaise, cela aura des retombées pour créer de la stabilité pour la région et l’inverse aussi », a dit le Conseiller spécial.

Le Soudan a connu depuis plusieurs mois des manifestations de grandes ampleurs. Ces dernières ne se sont pas faites sans heurts, plusieurs manifestants ayant été tués et blessés.

L’Union africaine en première ligne

M. Haysom a rappelé que l’Union africaine (UA) a tracé des limites claires dès le début de la crise : le Soudan sera suspendu de l’organisation panafricaine s’il ne rend pas le pouvoir à un gouvernement dirigé par des civils.

Une condition dont a pris note le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, qui a demandé à son Conseiller spécial de soutenir les efforts de l’UA pour résoudre la crise soudanaise au lieu de mener un processus onusien parallèle.

« L’Union africaine est en première ligne sur la question soudanaise », s’est félicité M. Haysom, saluant « l’approche morale forte » qui guide les efforts de l’organisation régionale et appelant la communauté internationale à se rallier derrière elle.

Mais « l’ONU n’a pas pour autant abandonné le peuple du Soudan » a dit le Conseiller spécial, précisant, que l’équipe-pays des Nations Unies reste active sur le terrain et continue de fournir une aide humanitaire vitale aux Soudanais.

M. Haysom estime que « la percée actuelle » dans les négociations entre les militaires et les civils est à mettre au crédit des Soudanais. « La communauté internationale y a également contribué en mettant la pression sur les parties », a-t-il ajouté, soulignant « le degré assez élevé d’internationalisation du conflit soudanais », en référence à la participation des pays du Golfe des deux côtés.

Un accord dont « la mise en œuvre sera difficile et exigera un appui international ».

Après une « impasse entre le peuple, représenté par les manifestants – jusqu’à un million de personnes dans les manifestations, et le conseil militaire qui a destitué Bechir et pris lui-même le pouvoir », les deux parties sont parvenus à un accord pour « un partenariat visant à construire un gouvernement qui gérera la transition ».

« Très franchement, il y a encore des négociations en cours sur l’interprétation de cet accord », a dit le Conseiller spécial, reconnaissant que des points de divergences critiques persistent, notamment sur les relations entre militaires et civils sur la structure du gouvernement.

« Nous nous attendons à ce qu’ils continuent à négocier mais, plus que tout, l’attention se concentrera sur ce qui est nécessaire pour mettre en œuvre l’accord », a -t-il dit. Un accord dont « la mise en œuvre sera difficile et exigera un appui international ».

M. Haysom a rappelé que la crise politique que traverse le Soudan se produit dans un contexte de crise économique. « Et donc tout nouveau gouvernement sera immédiatement confronté à des problèmes économiques très sérieux. Il aura besoin de soutien international mais devra prendre des décisions difficiles », a-t-il dit.

« Dans presque toutes les situations de conflit que j’ai connu, il était naturel de voir des hauts et des bas dans la chance de voir une solution de long terme », a expliqué M. Haysom qui a participé, au cours de sa carrière aux Nations Unies, aux efforts pour ramener et consolider la paix au Burundi, en Iraq, en Afghanistan, en Somalie, au Soudan du Sud et au Soudan.

« Et c’est une observation particulièrement vraie pour le Soudan », a-t-il dit, se disant confiant de voir le pays entrer dans une « trajectoire lente », mais « positive et vers le haut ».

Distribué par African Media Agency (AMA) pour les Nations Unies.

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